Mackenzie Crook’s SMALL PROPHETS rekindles the eerie world of Homonculi
La série dramatique Small Prophets de Mackenzie Crook, diffusée sur BBC2, a ravivé l’intérêt du public pour l’une des créations les plus mystérieuses de l’alchimie médiévale : les homoncules. Ces minuscules êtres artificiels, prétendument créés à partir de sperme, de sang et de fumier de cheval, oscillent entre légende et réalité dans les annales de l’occultisme.
Dans cette production acclamée par la critique, Michael Small (interprété par Pearce Quigley), employé d’un magasin de bricolage, tente de créer ses propres créatures prophétiques en s’inspirant des récits ésotériques de son père âgé, Brian, ancien militaire ayant servi en Égypte. Son objectif : découvrir ce qui est arrivé à sa petite amie Clea, mystérieusement disparue sept ans auparavant, la veille de Noël.
Aux origines des homoncules
Selon le psychiatre et psychologue Carl Jung (1875-1961), le concept d’homoncule trouve ses premières traces dans les Visions de Zosime, rédigées au IIIe siècle après J.-C. Zosime de Panopolis, né dans le sud de l’Égypte romaine, est l’auteur des plus anciens traités d’alchimie connus, qu’il appelait « Cheirokmeta », littéralement « les choses faites à la main ».
Cette connexion égyptienne établit un lien fascinant avec l’univers de Small Prophets, où les références au service militaire en Égypte ne semblent pas anodines. L’alchimiste suisse Paracelse (1493-1541) codifiera plus tard, dans son ouvrage De natura rerum (1537), la méthode de création de ces êtres artificiels.
La formule de Paracelse
Les instructions de Paracelse pour créer un homoncule sont d’une précision troublante : « Que le sperme d’un homme soit putréfié par lui-même dans un cucurbite scellé pendant quarante jours avec le plus haut degré de putréfaction dans une matrice de cheval », réchauffé par du fumier de cheval fermenté. Après cette période, la créature devait « ressembler quelque peu à un homme, mais transparent, sans corps ».
Nourri avec un « arcane de sang humain » pendant quarante semaines supplémentaires, l’homoncule se développait pour devenir un enfant vivant, « avec tous ses membres comme un autre enfant né d’une femme, mais beaucoup plus petit ». Ces créatures ne survivaient que dans leur récipient de verre, alimentées exclusivement d’un type de sang particulier connu des seuls alchimistes.
Les expériences du comte Kufstein
L’un des cas les plus documentés remonte à 1775, lorsque le comte Johann Ferdinand von Kufstein, assisté de l’abbé Geloni, aurait créé dix homoncules dotés de capacités prophétiques dans une loge maçonnique viennoise. Selon l’ouvrage The Strange Experiments of Count Kuefstein de Rade Kolbas (2024), ces esprits étaient conservés dans des bocaux de verre remplis d’un liquide clair, possiblement de l’eau bénite.
Chaque esprit avait un rôle spécifique : un roi portant une couronne, une reine, un chevalier avec un bouclier, un moine, un séraphin, une nonne, un mineur, un architecte, et deux esprits colorés, l’un bleu, l’autre rouge. D’abord hauts de quelques centimètres, ils grandissaient jusqu’à atteindre plus de trente centimètres.
Les témoins rapportent que ces créatures bougeaient dans leurs récipients, changeaient de couleur et « parlaient » d’une voix à peine audible. Cependant, les expériences ne se déroulaient pas toujours sans incident : lors d’un rituel, le comte brisa accidentellement le bocal contenant l’esprit-moine, provoquant sa « mort ».
Connexions folkloriques
Les homoncules partagent des similitudes avec d’autres créations artificielles du folklore européen, notamment le Golem de la tradition juive – un être protecteur façonné dans l’argile – et les mandragores germaniques. L’auteur Jean-Baptiste Pitois (1811-1877) établissait un parallèle entre la création d’une mandragore et celle d’un homoncule, impliquant des rituels complexes avec des racines de bryone, du lait de vache et des linceuls mortuaires.
Ces créatures, ni bonnes ni mauvaises par nature, servaient de voyants, protecteurs et serviteurs, suivant aveuglément la volonté de leur maître. La série Small Prophets s’inscrit dans cette tradition millénaire où l’homme tente de créer la vie artificielle pour percer les mystères de l’existence et de l’au-delà.

