Dare You Meet the Owlman of Mawnan?
Dans le folklore cornouaillais, une créature énigmatique hante depuis près d’un siècle les environs du paisible village côtier de Mawnan Smith. Connu sous le nom d’Owlman (Kowanden en cornique), ce cryptide à l’apparence de hibou humanoïde divise les spécialistes entre phénomène authentique et canular sophistiqué.
Les premières apparitions : entre mystère et réalité
Les archives du Cornish Echo de 1926 rapportent le premier témoignage documenté : deux jeunes garçons auraient été poursuivis par un oiseau de taille exceptionnelle et particulièrement agressif. Terrorisés, ils trouvèrent refuge derrière une grille métallique. Cette observation initiale attira l’attention des peintres surréalistes Max Ernst et Leonora Carrington, qui visitèrent Mawnan en 1937 pour tenter d’invoquer par des rituels cette créature qu’ils baptisèrent « therianthorpe ». L’Owlman marqua profondément leurs œuvres artistiques ultérieures.
L’affaire de 1976 : Tony Shiels entre en scène
L’incident le plus célèbre survint le 17 avril 1976, lorsque deux fillettes en vacances, June (12 ans) et Vicky Melling (9 ans), observèrent une créature ailée aux yeux rougeoyants planant au-dessus de l’église Saint-Mawnan et Saint-Stephen. Leur père, bouleversé par leur état de terreur face à cet « homme-oiseau emplumé », écourta immédiatement leurs vacances.
L’affaire prit une dimension médiatique grâce à Tony « Doc » Shiels (1938-2024), artiste surréaliste, magicien et écrivain à la réputation sulfureuse de mystificateur. Shiels prétendait avoir recueilli le témoignage des fillettes et obtenu un dessin de la créature. Ces événements furent relatés dans le pamphlet d’Anthony Mawnan-Peller « Morgawr: The Monster of Falmouth Bay », largement diffusé en Cornouailles.
Trois mois plus tard, le 31 juillet 1976, deux adolescentes de 14 ans, Sally Chapman et Barbara Perry, rapportèrent avoir rencontré « un grand hibou aux oreilles pointues, de la taille d’un homme » doté d’yeux rouges lumineux et de serres noires rappelant les pinces d’un forgeron.
Une chronologie troublante
D’autres témoignages sporadiques jalonnent les décennies suivantes : 1978, 1979, 1989, et 1995. Cette dernière année, un étudiant américain en biologie marine adressa une lettre saisissante au Western Morning News, décrivant sa rencontre avec un « homme-oiseau monstrueux » de taille humaine, au visage hideux, à la bouche béante et aux yeux lumineux. L’anonymat réclamé par le témoin et l’impossibilité ultérieure de le retrouver alimentent les doutes sur l’authenticité de ce récit.
En 2009, une fillette de 12 ans nommée Jessica Wilkins aurait aperçu l’Owlman, marquant ainsi la première observation du nouveau siècle.
Scepticisme et analyse critique
Les Archives Magonia soulèvent des interrogations troublantes sur la crédibilité de ces témoignages. L’analyse graphologique des écrits attribués à Barbara Perry et Sally Chapman révèle des similitudes suspectes dans certaines habitudes d’écriture difficilement falsifiables, suggérant qu’une même personne pourrait se cacher derrière ces deux identités.
Le cryptozoologue Jonathan Downes, ayant mené sa propre enquête, découvrit que l’étudiante américaine de 1995 n’était enregistrée à aucune des adresses fournies, et qu’aucun département universitaire de Chicago ne la connaissait.
Hypothèses explicatives
Plusieurs théories tentent d’expliquer le phénomène. La plus rationnelle évoque un Grand-duc d’Europe échappé de captivité, pouvant atteindre 1,40 mètre de hauteur avec une envergure de 2 mètres. Cependant, cette hypothèse peine à expliquer la durée des observations sur près d’un siècle.
D’autres chercheurs invoquent la situation particulière de l’église de Mawnan, érigée au centre d’anciens terrassements et traversée selon certains par une ligne tellurique. Des visiteurs sensibles décrivent d’ailleurs les bois environnants comme « vibrants d’énergie », alimentant les spéculations sur un lien entre ces forces terrestres et les manifestations de l’Owlman.
Entre folklore ancestral, mystification élaborée et phénomène inexpliqué, l’Owlman de Mawnan continue de défier les explications rationnelles, perpétuant le mystère de cette créature qui n’apparaîtrait, troublant détail, qu’aux jeunes filles en vacances.

