Loi de l’attraction : comment Jim Carrey a empoché 10 millions grâce à l’univers (d’après lui)
Les débuts difficiles
Jim Carrey grandit dans une famille ouvrière du Canada. Son père, Percy Carrey, est comptable et musicien amateur, sa mère souffre de dépression chronique. La famille traverse des périodes de grande précarité — à un moment, ils vivent plusieurs mois dans une camionnette Volkswagen garée sur le terrain de sa sœur aînée à Toronto. Le jeune Jim abandonne l’école à 16 ans pour aider financièrement ses parents.
C’est Percy qui croit le premier au talent de son fils et l’emmène régulièrement en voiture jusqu’aux clubs de comédie de Toronto. Les premières tentatives sont catastrophiques. Lors de sa toute première apparition sur scène, le public reste de glace. Carrey rentre chez lui humilié, persuadé d’avoir raté sa chance.
Malgré cela, il persiste. À la fin des années 1970, il commence à se faire remarquer dans les clubs canadiens, puis tente sa chance à Los Angeles. Il dort dans sa voiture, enchaîne les petits rôles sans lendemain, et passe ses soirées à faire le tour des scènes ouvertes de la ville.
Le chèque
C’est dans ce contexte de lutte quotidienne, au début des années 1980, que Carrey développe une pratique qui deviendra l’une des anecdotes les plus célèbres du monde du spectacle. Chaque soir, il monte en voiture jusqu’à Mulholland Drive, le point culminant de Los Angeles qui surplombe toute la ville, ses lumières et ses studios. Là, assis dans le noir, il se répète à voix haute : « Je suis un acteur populaire. Tous les réalisateurs veulent travailler avec moi. »
C’est lors de l’une de ces soirées qu’il sort son chéquier et rédige à son propre ordre un chèque de 10 millions de dollars, avec dans la ligne de mémo : « pour services d’acteur rendus ». Il le postdate à Thanksgiving 1995, soit une dizaine d’années dans le futur, et le glisse dans son portefeuille, où il restera jusqu’à ce qu’il soit à peine lisible.
Carrey évoquera lui-même l’état d’esprit dans lequel il vivait cette période : « À ce moment-là, tout ce que ça faisait pour moi, c’était de me faire sentir mieux. Je rentrais chez moi en pensant : ces choses existent, elles sont là, je n’en ai pas encore la possession, mais elles sont là. »
La suite
Les années qui suivent sont celles d’un travail acharné. Carrey enchaîne les clubs, les petits rôles télévisés, les auditions. En 1990, il intègre le casting de l’émission In Living Color, qui lui offre sa première vraie visibilité nationale aux États-Unis. Puis vient 1994, une année exceptionnelle au cours de laquelle trois films sortent successivement : Ace Ventura, The Mask et Dumb and Dumber. Ce dernier lui rapporte exactement 10 millions de dollars, soit le montant inscrit sur le chèque, quelques mois avant la date qu’il avait lui-même fixée.
À la mort de son père Percy, survenue en 1994, Jim Carrey glissa le chèque dans son cercueil. Il a confirmé ce geste à plusieurs reprises, notamment sur le plateau d’Oprah en 1997 et lors du Graham Norton Show en 2014 et 2015.
La loi de l’attraction
L’histoire du chèque est fréquemment citée comme illustration de la loi de l’attraction, un concept issu du mouvement de la Nouvelle Pensée apparu au XIXe siècle, formalisé en 1906 par William Walker Atkinson, puis popularisé mondialement en 2006 par le livre Le Secret de Rhonda Byrne. Selon ce courant, concentrer ses pensées sur un objectif permettrait de le faire advenir.
Son statut scientifique reste débattu : aucune démonstration expérimentale reproductible n’a établi qu’une pensée puisse directement influencer des événements extérieurs. Des phénomènes psychologiques documentés, comme l’attention sélective ou la neuroplasticité, sont parfois avancés pour expliquer certains effets observés chez les pratiquants, sans pour autant valider l’ensemble des affirmations du courant.
Dans le récit de Carrey lui-même, la visualisation et l’action concrète coexistent sans que l’une soit présentée comme suffisante sans l’autre.
Hypothèses et interprétations
Plusieurs cadres d’analyse coexistent pour tenter d’expliquer ce type d’expérience, sans qu’aucun ne fasse consensus.
L’approche cartésienne est la plus directe : se fixer un objectif précis et le visualiser régulièrement orienterait l’attention et les comportements vers sa réalisation. En se projetant mentalement dans un état futur souhaité, on génère un état d’esprit plus positif, on remarque davantage les opportunités liées à cet objectif, et surtout on se met en mouvement. Or, statistiquement, une personne qui agit de manière répétée et ciblée a mécaniquement plus de chances d’atteindre son but qu’une personne qui n’agit pas, indépendamment de toute explication métaphysique. Dans ce cadre, le chèque de Carrey fonctionnerait comme un outil de focalisation psychologique, combiné à dix ans de travail intensif sur les scènes de Los Angeles.
L’hypothèse quantique est plus spéculative. Certains défenseurs de la loi de l’attraction s’appuient sur le rôle de l’observateur en mécanique quantique, le fait qu’une particule non mesurée reste en superposition d’états et que c’est l’acte d’observation qui fixe son état définitif, pour suggérer que la conscience pourrait influencer la réalité physique à une échelle plus large. Cette interprétation reste à ce jour non démontrée et contestée par la majorité de la communauté scientifique, qui considère que les effets quantiques ne s’appliquent pas à l’échelle macroscopique du quotidien humain. Elle constitue néanmoins une hypothèse que certains chercheurs continuent d’explorer.
Que l’on adhère à l’une ou l’autre de ces lectures, ou à aucune, la question pratique reste entière : se projeter, écrire ses objectifs, cultiver un état d’esprit orienté vers la réussite et passer à l’action augmente objectivement les probabilités d’aboutir. C’est peut-être là l’enseignement le plus solide de l’histoire de Jim Carrey, au-delà des débats sur sa nature exacte.


