« The Hum » : Le bourdonnement inexpliqué qui rend fou — et que vous ne pouvez peut-être pas entendre
Le son qui n’existe pas — sauf pour eux
Quelque part en ce moment, dans une maison tranquille de Bristol, de Taos, de Whitehorse ou d’Auckland, quelqu’un est allongé dans le noir et entend quelque chose. Un bourdonnement sourd, grave, continu. Comme un moteur diesel qui tourne au ralenti à deux rues de là. Comme une turbine enfouie sous le sol. La personne se lève, ouvre la fenêtre — rien. Va dans la pièce d’à côté — toujours là. Réveille son conjoint — qui n’entend absolument rien.
Bienvenue dans l’enfer silencieux de The Hum.
Un phénomène mondial, des victimes invisibles
Les premiers signalements généralisés remontent aux années 1970, dans l’Angleterre rurale, où des poches de citoyens décrivirent un bourdonnement mystérieux. Le « Bristol Hum » fut le premier associé à une ville précise, déclenchant une avalanche de courriers dans la presse nationale de lecteurs qui souffraient du même phénomène. HowStuffWorks
Depuis, le phénomène a été documenté aux quatre coins de la planète. Des villes aussi diverses que Taos au Nouveau-Mexique, Auckland en Nouvelle-Zélande, Kokomo dans l’Indiana et Windsor au Canada ont toutes rapporté des expériences similaires : un son audible uniquement par une fraction de la population, à basse fréquence, impossible à localiser. Weekly Recess
Les estimations varient, mais entre 2 et 5 % de la population mondiale aurait entendu le Hum à un moment ou un autre. Discover Magazine Ce qui peut sembler peu — jusqu’à ce qu’on réalise que ce sont des dizaines de millions de personnes.
Ce que ça fait vivre
Ne vous y trompez pas : pour ceux qui l’entendent, ce n’est pas une curiosité amusante. Les « hearers » décrivent des maux de tête invalidants, des nausées, des insomnies, des saignements de nez. Dans au moins un cas en Angleterre, le Hum a été associé à un suicide. HowStuffWorks
Simon Payne a commencé à entendre le Hum en 2005. Des années ont passé, aucune source n’a été trouvée. Le son ne s’arrêtait jamais. Il a fini par quitter son emploi, s’isoler socialement, sa vie entière organisée autour de ce bourdonnement invisible — jusqu’au jour où, aussi soudainement qu’il était apparu, il disparut. Curio Animus
Ce qui aggrave tout : quand personne d’autre ne peut entendre ce que vous entendez, on commence à se demander si on n’est pas en train de devenir fou. Discover Magazine
Ce que la science dit — sans vraiment répondre
Le Hum se caractérise généralement par une fréquence basse, souvent entre 30 et 80 Hz, plus fort la nuit et en intérieur, particulièrement dans les zones résidentielles calmes, et presque impossible à capturer avec un téléphone ordinaire. Strange Sounds
Les suspects habituels : bruit industriel basse fréquence (compresseurs, ventilateurs, pipelines), résonance des bâtiments qui amplifie des vibrations extérieures imperceptibles, activité micro-sismique, ou encore des installations électriques comme des sous-stations. Strange Sounds
Mais voilà le problème : dans la majorité des cas documentés, aucune source n’est jamais identifiée.
En octobre 2025, une étude prépubliée sur bioRxiv a proposé une piste neurologique sérieuse. Des chercheurs suggèrent que certaines personnes pourraient avoir une sensibilité auditive anormalement élevée aux basses fréquences, ou percevoir leurs propres émissions otoacoustiques spontanées — des sons produits activement par l’oreille interne comme sous-produit normal de l’amplification cochléaire, habituellement inaudibles. bioRxiv En d’autres termes : certains « hearers » entendraient leur propre oreille fonctionner.
Élégant. Sauf que ça n’explique pas pourquoi le phénomène se concentre dans des zones géographiques précises, ni pourquoi il peut apparaître et disparaître brutalement.
Le cas le plus récent : Whitehorse, novembre 2025
En novembre 2025, des habitants de Whitehorse, dans le Yukon canadien, signalaient un bourdonnement mécanique grave, décrit par l’un d’eux comme « répétitif et aléatoire ». Yukon Energy, qui utilisait des générateurs diesel en raison d’un niveau d’hydroélectricité anormalement bas cette saison-là, déclara qu’il était « peu probable » que le son de leurs générateurs puisse atteindre les quartiers résidentiels éloignés. Wikipedia Peu probable — mais pas impossible. L’enquête n’a pas trouvé de conclusion définitive.
La carte mondiale qui grandit
Face au vide scientifique, les « hearers » se sont organisés eux-mêmes. Le chercheur Glen MacPherson — lui-même victime du Hum — a créé le World Hum Map and Database Project, une base de données collaborative pour traquer la cause de ces plaintes sonores anormales basse fréquence à l’échelle mondiale. Sa théorie actuelle : le Hum serait une perception générée en interne, similaire aux acouphènes, plutôt qu’un son réel. Thehum
Le consensus scientifique actuel penche vers l’idée que le Hum n’est probablement pas une seule et même chose : un mélange de sources sonores basse fréquence réelles et de perceptions personnelles variables. Certains cas ont une origine physique identifiable. D’autres restent totalement inexpliqués. Curio Animus
La question qui reste entière
Un ingénieur américain, Steve Kohlhase, a dépensé 30 000 dollars de ses propres deniers en honoraires juridiques et en équipement pour mener sa propre enquête sur le Hum. Sa conclusion : dans tous les cas qu’il a étudiés, les zones touchées se trouvaient à proximité de gazoducs haute pression. Wikipedia Une théorie cohérente — mais qui ne couvre pas tous les cas.
La question du financement reste l’obstacle majeur : qui va payer pour étudier sérieusement un son que la majorité de la population n’entend pas ? Discover Magazine Tant que les « hearers » resteront une minorité invisible, le Hum restera ce qu’il est depuis cinquante ans : un mystère sourd, persistant, et profondément irritant — au sens littéral du terme.


