Arthur’s Oven : le mystérieux temple romain maudit d’Écosse en forme de ruche

Pendant plus de quinze siècles, les voyageurs qui s’aventuraient au-delà des vestiges du mur d’Antonin romain dans les Basses-Terres centrales de l’Écosse découvraient un spectacle mystérieux en longeant la rivière Carron à Stenhousemuir. Cette vision saisissante était celle du Four d’Arthur (Arthur’s O’on en scots), un édifice antique imposant en forme d’igloo ou de ruche qui se dressait majestueusement sur les hauteurs de la rive nord de la Carron.

Dans l’Historia Brittonum du moine gallois Nennius au IXe siècle, la structure est décrite comme une « maison ronde de pierre polie ». Bien qu’attribué à diverses figures historiques, notamment le roi Arthur et les empereurs romains Jules César, Vespasien et l’usurpateur Carausius, le constructeur le plus probable demeure l’empereur Septime Sévère (145-211 après J.-C.), qui mena campagne au nord du mur d’Antonin entre 208 et 211.

Une campagne militaire inachevée

La guerre commença favorablement pour Sévère, qui parvint rapidement à atteindre le mur d’Antonin, abandonné vers 160-165 après J.-C. Cependant, lorsqu’il s’aventura dans les Highlands, la campagne s’enlisa dans une guerre de guérilla et la tentative de conquérir entièrement la Calédonie échoua. Néanmoins, il réoccupa de nombreux forts construits par Agricola plus d’un siècle auparavant et entrava la capacité des Calédoniens à mener des raids contre la Bretagne romaine pendant plusieurs années.

Avec quelques exceptions possibles comme les mausolées d’Auguste, d’Hadrien et de Caecilia Metella à Rome, ou celui de Lucius Munatius Plancus à Gaète, l’édifice avait peu d’équivalents dans l’Empire romain du Nord, particulièrement par sa forme unique en ruche. Le mausolée où furent enterrés le roi berbère Juba II et la reine Cléopâtre Séléné II présente cependant une certaine ressemblance avec les descriptions du Four d’Arthur.

Un temple de la Victoire

Les antiquaires ont laissé des traces sommaires d’inscriptions et de sculptures d’aigles et de victoires. Une dalle de pierre unique occupait le centre du sol, formant un piédestal pour une statue dont seul un doigt de bronze avait survécu, coincé dans une crevasse. Il est possible que cet édifice circulaire romain fût un temple dédié à la déesse Victoire ou à Mars, appelé tropaeum par les spécialistes.

La connexion arthurienne

Le Four d’Arthur se situait près du fort romain de Camelon, nom qui évoque lui-même des liens avec le légendaire chef breton, bien que « Camelon » puisse avoir été inventé par les premiers antiquaires après le XVe siècle, son nom antérieur étant Carmore ou Carmure. L’historien et folkloriste écossais Archie McKerracher (décédé en 2001) croyait que le Four d’Arthur était en réalité la célèbre Table Ronde où le roi consultait ses chevaliers, assis sur un rebord de pierre rapporté à l’intérieur de l’édifice.

Destruction et malédiction

Au début du XVIIIe siècle, le Four d’Arthur était l’une des antiquités les plus célèbres de Grande-Bretagne. Pour le fameux William Stukeley, c’était « l’Antiquité romaine la plus authentique et curieuse de ce genre, que l’on puisse voir dans notre île ou ailleurs ».

Cependant, en 1743, Sir Michael Bruce de Stenhouse, dont les terres s’étendaient sur la Carron, décida que son nouveau moulin avait besoin d’un barrage. Plutôt que d’extraire de la pierre fraîche, il se tourna vers l’ancienne structure. En quelques semaines, le monument romain le mieux préservé d’Écosse fut oblitéré, ses pierres emportées pour la construction du barrage.

Cette destruction provoqua la fureur des érudits. William Stukeley imagina Bruce subissant un châtiment éternel dans un dessin extraordinaire. Dans une lettre, il écrivit : « Je proposerais, pour rendre son nom exécrable à toute la postérité, qu’on lui mette un collier de fer autour du cou, comme un joug ; à chaque extrémité une pierre du Four d’Arthur suspendue… ainsi équipé, qu’il erre sur les rives du Styx ».

Sir John Clerk de Penicuik maudit Bruce « avec cloche, livre et chandelle ». Cinq ans plus tard, il rapporta avec jubilation que le moulin et le barrage construits avec les pierres du Four avaient été détruits dans une grande tempête – une justice poétique qui évoquait un déplaisir olympien.

Aujourd’hui, seule subsiste une réplique du Four d’Arthur au domaine de Penicuik House.

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